Dragon

Les Italiens et le Britanniques sur l'Ardre en 1918


 

Suite de la randonnée du 14 Septembre 2002


 

5) Cimetière Britannique de Bouilly

 

Moment de recueillement au cimetière britannique de Bouilly

 

En route vers Bouilly et le pique-nique ...

 


6) Repas

 

Après le repas, la photo avant le départ vers le sud ...


7) "V'la les Boches ! "

 

Le 24 juillet, la 77ème D.I. doit continuer sa progression vers le nord-ouest.

En fin d'après-midi, le 61ème B.C.P. est parvenu à pénétrer au sud-est du bois des Dixhommes, là où celui-ci se joint au bois d'Hyermont. A sa gauche le 97ème Alpin a pénétré à la corne sud-ouest. A sa droite le 56ème B.C.P. est échelonné depuis la corne sud-est jusqu'au nord de la route Bligny-Pargny-les-Reims. Il occupe la corne nord-est.

L'attaque du 56ème a été appuyée par des chars légers. Vers 20 h 30, vers la bordure ouest du bois l'un d'entre eux est atteint et s'enflamme, très peu de temps après les trois autres quittent le champ de bataille.

 

 

La lutte a été rude et les Allemands tiennent fortement l'intérieur du bois des Dixhommes. La nuit tombe sur cette forêt ou ce qu'il en reste après une dizaine de jours de bombardement. Les positions de chacun des adversaires sont mal définies. Sous les arbres brisés, dans les trous d'obus les soldats harassés par la fatigue des dix jours qu'ils viennent de passer dans la bataille. Où est l'adversaire ? à 50 m, à 100 m ?

La tension nerveuse est extrême, les ombres, les bruits deviennent dangereusement suspectes. Soudain dans la nuit une forte exclamation :

- V'là les Boches !

Elle provient semble-t-il du point de liaison 56ème B.C.P., 61ème B.C.P.. La 8ème Compagnie est en cet endroit. C'est alors la stupeur et l'effroi. Précipitamment la compagnie se replie en désordre. Le Lieutenant Vuillemin parvient à reprendre les hommes en main et les revoie occuper leur position.

D'où est venue cette exclamation ? Dans le journal de marches et opérations du 56ème qui relate l'événement, il est écrit : "vers le 61ème". Le journal du 61ème ne relate rien.

Profitant du désordre créé dans nos ligne, les Allemands attaquent et s'infiltrent dans nos positions. Toute la ligne recule : 56ème et 61ème B.C.P. ainsi que le 97ème Alpin.

La défense allemande dans le bois des Dixhommes, qui coiffe la crête dominant la région, sera opiniâtre. Il ne sera entièrement reconquis que dans la nuit du 27 au 28 juillet, après quatre jours d'incessants combats.

Qui a crié "V'là les Boches ...."


8) Cote 176, reprise de Marfaux

 

 

Le 20 juillet 1918, le 22ème C.A. Britannique intervient et attaque dans la vallée de l'Ardre par dépassement des lignes tenues par les Français.

Sur la rive gauche la 51ème Division, sur la rive droite la 62ème. Le village de Marfaux, situé sur la rive droite, se trouve donc dans le secteur attribué à la 62ème Division.

La résistance des Allemands est opiniâtre et l'attaque ne peut déboucher. Une nouvelle tentative faite le 21 ne permet pas de progresser. La 62ème marque le pas à la hauteur des cimetières militaires actuelles.

Le 23 juillet, la 183ème Brigade Britannique (62ème Division) commandée par le Général Burnett a pour mission de reprendre le village de Marfaux. La Compagnie de Chars Français AS312, commandée par le Lieutenant de Ravel est mise à la disposition de la 183ème Brigade afin des participer activement à la reprise du village. Les chars sont des petits Renault FT17.

L'attaque a lieu à 6h 30 - Point de départ des chars, 1km 400 sud-est de Marfaux, c'est-à-dire aux environs du carrefour de la Maison du Parc actuelle. Les chars ont pour mission de détruire les nids de mitrailleuses installés dans le village et dans le ravin de Cuitron.

 

 

Les premières mitrailleuses sont rapidement démolies ou dispersées.

La section commandée par le Sous-Lieutenant Le Gargam a son char hors de combat dès le début de l'attaque. Les autres continuent sur Marfaux et pénètrent dans le village en détruisant plusieurs mitrailleuses. Les Allemands résistent au Lavoir, trois chars y concentrent leurs feux et anéantissent les combattants allemands.

L'infanterie britannique peut maintenant pénétrer et nettoyer le village - Trois chars sont perdus dont un en panne.

A 8h 05, le Général Burnett rédige une lettre pour remercier le Lieutenant de Ravel pour la brillante et efficace action des chars, lors de la reprise de Marfaux. Le Lieutenant reçoit le courrier à 9 heures.

Une affaire rondement menée !

 

 


9) Cimetière Allemand, Georg Achner

 

Le petit bois de Chézy et le destin de Georg Achner.

Dans le cimetière militaire allemand de Marfaux où reposent plusieurs milliers de soldats allemands, une tombe porte les inscriptions suivantes :

ACHNER GEORG - JÄGER + 18.07.1918 - Grab 178

 

Texte paru dans la revue Bretagne 14/18

La découverte

Le 26 décembre 1999, la région de Dormans, dans la Marne, comme une grande partie de la France, fut fortement touchée par une forte tempête. Nos forêts en souffrirent particulièrement. Au printemps 2000 la curiosité me poussa à me rendre compte moi-même de l'état des plantations de sapins situées entre Dormans et le hameau de Chézy (commune de la Chapelle-Monthodon dans l'Aisne, à ne pas confondre avec Chézy/Marne, commune sise près de Château-Thierry). A quelques kilomètres au sud de la Marne. Eole n'est pas passé discrètement. Les dégâts sont considérables; presque tous les sapins sont brisés ou déracinés mais parmi ces zones dévastées, apparaît une parcelle de taillis naturel épargnée. Dans ce petit îlot qui n'a pas subi le passage des bulldozers pour travaux, quelques trous de combat se discernent qui semblent être allemands et dater de 1918.

Quelques jours plus tard. je m'y rends de nouveau avec un détecteur de métaux, dans l'espoir de retrouver et sauver quelques objets. Très rapidement, je sors de terre une boucle de ceinturon allemand, une gamelle, quelques anneaux de toiles de tente; et de brellage mais aussi et surtout une demie plaque d'identité d'un soldat d'outre-Rhin, soldat qui fut sans doute tué puisqu'il ne subsiste qu'une partie de plaque.

Aussitôt rentré chez moi, je nettoie soigneusement cette plaque et les indications ci-dessous apparaissent nettement.

 

Très peu de temps après, au cours d'une conversation téléphonique. je fais part de ma découverte à mon ami Hermann Plote. Je lui envoie ensuite la plaque d'identité à fins de recherches. Grâce à sa compétence et à ses connaissances, nous obtenons quelques mois après des résultats remarquables. C'est ainsi que les archives allemandes et bavaroises nous apprennent que Georg ACHNER, né à Bad Tölz le 31 août 1899, avait déjà perdu ses parents, qu'il avait un tuteur et qu'il travaillait comme garçon de ferme à Skt Margariten quand il fut incorporé dans l'armée bavaroise. Elles nous apprennent aussi qu'il fut mortellement blessé par un éclat d'obus au cou le 18 juillet 1918 à 7 heures 30 du matin, dans un "petit bois de bouleaux" *, au nord-est de Chézy. Dans le registre allemand des pertes de la 1ère guerre mondiale, il est signalé que Georg Achner fut enterré "dans le bois de Dormans" et, qu'après la guerre, son corps fut relevé et transféré au Cimetière Militaire allemand de Marfaux (51), dans la vallée de l'Ardre. Sa sépulture y est encore et elle porte les inscriptions suivantes:

"ACHNER GEORG - JÄGER + 18.07.1918 - Grab 178" .

Grâce aux documents allemands (Historique de la 200eme Division de Chasseurs traduit par Hermann Plote) et français (J.M.O. des unités françaises concernées consultés au S.H.A.T.), j'ai pu reconstituer ce combat du "petit bois de bouleaux" du 18 juillet 1918, si minime dans le déchaînement du conflit mondial, ignoré de la grande Histoire et pourtant capital pour la vie des soldats qui s'y trouvèrent mêlés.

Le combat du "petit bois de bouleaux"

Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1918, les Allemands lancent une violente offensive sur la Marne. Dans le secteur de Dormans, leur 200ème Division de Chasseurs (3ème, 4ème et 5ème Régiments de Chasseurs) franchit la rivière enfonce le 273èmc R.I. de Béthune et progresse de 5 à 6 kilomètres vers le sud. A la hauteur de la Chapelle-Monthodon, elle est stoppée par la défense française de la deuxième position.

Le 16 juillet, elle est contre attaquée par le 2ème R.I. de Granville et le 77ème R.I. de Cholet et perd le hameau de Chézy et la ferme des Pozard. Le 17 juillet, les Français (147ème R.I. de Sedan et 32ème R.I. de Tours) contre attaquent à nouveau. Le 3ème Régiment de Chasseurs allemand est fortement bousculé: ses pertes en tués, blessés, disparus et prisonniers sont conséquentes. Cependant, une réaction appuyée par le 1er Régiment de la Garde lui permet, après de difficiles combats en forêt, par une forte chaleur moite, de rétablir ses liaisons qui avaient été rompues. Le 3ème Régiment de Chasseurs s'établit alors défensivement dans les bois au nord de Chézy et de la ferme de la Cressonnière. Depuis trois jours, les Bavarois se sont affrontés à des unités de quatre divisions françaises (4ème, 5ème, 18ème et 20ème). Ils sont épuisés; ils se battent désormais défensivement le dos à la Marne; leurs espoirs de l'offensive pour la Paix sont ruinés; ils n'ont plus le moral......

 

La tombe de Georg Achner

 

Les rescapés du 1er Bataillon du 3ème Régiment de Chasseurs creusent rapidement des trous individuels de protection dans un petit bois de bouleaux situé à 1250 mètres au nord-ouest du village de Chézy. Parmi ces rescapés, le jeune Georg ACHNER; le mois prochain, il aura 19 ans. Dans la soirée et au cours de la nuit, un orage d'une rare violence se déchaîne, mêlant éclairs, coups de tonnerre, et bourrasques de pluie aux tirs d'artillerie. Déjà fortement éprouvés par de dures journées de combats, les soldats, terrés dans leurs trous, sont trempés jusqu'aux os.

Puis, le jour se lève; l'orage cesse, les hommes, tant bien que mal, tentent de se faire sécher. Ils s'interrogent: les Français vont-ils renouveler leurs attaques aujourd'hui ? Déjà leur artillerie effectue de nombreux tirs de harcèlement. Brusquement, l'un de ceux-ci s'abat sur les Chasseurs; les éclats sifflent et l'un d'eux atteint Georg ACHNER à la gorge; il est mortellement touché. Il ne fêtera pas ses 19 ans et ne reverra pas sa Bavière natale; la folie des hommes en a voulu autrement.

Dans le petit bois de bouleaux, ses camarades d'infortune prennent une partie de sa plaque d'identité, laissant l'autre sur le corps; ils enveloppent celui-ci dans une toile de tente et lui creusent une sépulture sommaire parmi les arbres. Moins de 48 heures après les Chasseurs bavarois quittent leurs positions, suivant le repli de l'armée allemande derrière la Marne. De Georg ACHNER qui se souviendra ? Il restera dans le petit bois de bouleaux. Ce malheureux garçon a-t-il fait verser beaucoup de larmes ? C'est peu probable: n'ayant pas 19 ans, il n'avait plus de parents. Avait-il une fiancée ? Il a dû comme tant d'autres dans les deux camps tomber rapidement dans l'oubli le plus complet. Jusqu'au jour où quelques objets émergèrent de terre.... Aujourd'hui, dans le petit bois de bouleaux dégagé par la tempête, souffle en hiver un vent mordant; le muguet y fleurit au printemps et seuls quelques chants d'oiseaux viennent rompre un silence de sérénité...Qui, en s'y promenant, imaginerait que dans ce petit bois, à la mi-juillet 1918, pendant quelques jours, la bataille gronda et la mort fit ses ravages..

 

La fatigue se fait sentir ... Position assise pour lire le document ...


10) Le Bataillon Coutençon encerclé aux Gallinettes

 

Le lieudit les Gallinettes est situé sur les pentes rive gauche de l'Ardre à 500/1250 mètres sud-ouest de Pourcy.

 

Le 15 juillet 1918, les Allemands lancent leur violente offensive et parviennent rapidement au contact de notre 2ème position. Celle-ci du village de Pourcy au Hameau de la Poterne, traverse la grande forêt de Courton. Elle y est tenue par trois bataillons sous les ordres de la 120ème Division Française, qui elle même dépend du 2ème Corps d'Armée Italien.

Au centre de la forêt le 2/408e R.I., Commandant Couture;

A sa gauche jusqu'à la limite ouest un bataillon du 52e R.I. Italien, Commandant Garibaldi;

A sa droite depuis la partie est de la forêt en passant par les Gallinettes jusqu'à la rivière Ardre, le 3/408e R.I., Commandant Coutençon.

 

Dans la soirée du 15 juillet, les Allemands conscients que de vouloir poursuivre leur mouvement offensif au sud de la Marne dans la région de Dormans, ne peut que les engager dans une situation périlleuse, décident de porter leurs efforts en direction d'Epernay en remontant par les deux rives de la Marne, mais aussi en remontant la vallée de l'Ardre dans la forêt de Courton. Sur ces secteurs la journée du 16 juillet sera rude.

Pour soutenir la 120ème Division qui tient la seconde position de part et d'autre de Pourcy, notre Vème Armée qui dirige le secteur vient de recevoir en renfort la 14ème Division qui commence à débarquer, dans cette journée du 16 juillet, aux environs d'Epernay. Elle a pour mission d'envoyer ses bataillons avancés du 35ème R.I. et 44ème R.I. vers Cormoyeux afin qu'ils soient prêts, à la tombée de la nuit, à relever, sur leurs positions, les deux bataillons du 408ème R.I.. La relève du bataillon du 52ème R.I. Italien ne devant se faire que dans la soirée du lendemain, 17 juillet (à noter qu'au moment où sont prises ces décisions, ces trois bataillons n'ont pas encore subi d'assaut).

Dans la matinée du 16, le bataillon Couture, qui est au centre, subit d'assez rudes attaques et il a fallu l'intervention de la 7ème Cie du 38ème R.I., pour maintenir les lignes. Dans cette opération, le commandant de cette Cie, le Capitaine Lucianni, y trouve la mort.

Dans l'après-midi, des officiers de reconnaissance du 35ème R.I. arrive au P.C. du Commandant Couture afin de définir les modalités de la relève prévue pour la nuit.

C'est alors que les Allemands avec de très nombreuses mitrailleuses légères attaquent en force le 2/408ème. Le bataillon est littéralement enfoncé. Les Allemands s'engouffrent dans la brèche créée dans la défense de notre deuxième position.

Le Bataillon Garibaldi est obligé de s'organiser en crochet défensif en ramenant sa droite là où, aujourd'hui, se trouve le monument du 35ème R.I.. Le commandant Couture qui a réussi à échapper à l'assaillant rejoint le Commandant Garibaldi en cet endroit.

Le Bataillon Coutençon lui aussi doit effectuer un crochet défensif. Quelques rescapés du Bataillon Couture et de la 7ème Cie du 35ème R.I. l'ont rejoint également. Il y a aussi avec lui une section du Génie du 26/3, le P.C. du 408ème R.I. avec la C.H.R. et le Colonel Morand, commandant le 408ème R.I.. Sous la pression des assaillants le Commandant Coutençon se trouve contraint d'incurver son crochet défensif jusqu'à avoir à faire face à l'ouest, au sud et à l'est.

 

 

Les Allemands sont aux abords de Pourcy, occupent la ferme Saint Denis et le bois de Liberty. Certains éléments ont atteint les lisières de la forêt de Saint Quentin, les premières maisons de Nanteuil La Fosse, d'autres la route Fleury-la-Rivière/Nanteuil au nord-ouest de Cormoyeux. Le village de Pourcy n'est pas occupé par les Allemands mais semble évacué par la 120ème Division.

Ainsi le Bataillon Coutençon, s'il n'est pas totalement encerclé, n'a pas d'autre liaison avec sa droite, vers Pourcy, d'autant plus que ses mouvements vers cette direction sont pris sous les rafales de mitrailleuses provenant de la Ferme Saint-Denis et du Moulin de l'Ardre. Toutefois, la nuit, quelques éléments passerons et pourrons fournir des indications sur la situation du bataillon et faire savoir qu'il tient. Près de 900 soldats français sont ainsi aux Gallinettes.

Dès le lendemain, la Vème armée organise le soutien à ses hommes encerclés. Par deux fois des avions Bréguet vont les survoler et leur jeter boules de pain, boîtes de rations et de munitions. L'artillerie effectue des tirs d'encagement visant à les protéger des assauts allemands. Malheureusement certains de ces tirs mal réglés font des victimes.

Le 18 juillet des contre-attaques françaises tentent de dégager le Bataillon Coutençon mais n'y parviennent pas. Toutefois elle améliore néanmoins la situation.

Le Bataillon Coutençon ne sera totalement dégagé que dans la matinée du 19 juillet. Durant cette période critique il n'a pas subi de tentative d'assaut de la part des Allemands.

La presse, informée de cet événement, le relatera. Certains journaux le situeront au Château de Vandières.

Une question peut se poser : Etait-il raisonnable de faire relever un régiment en pleine bataille, alors qu'il n'a pas encore été attaqué et connaît le secteur ?

Une autre question : Pourquoi ravitailler ce bataillon par avion et l'encager par l'artillerie ? Le 15 juillet tant de bataillons, dans cette situation, ont été abandonnés.

Le 408ème R.I. appartenait à la 120ème Division commandée par le Général Mordac, conseillé militaire de Clémenceau. Le 15 juillet le 1/408ème est encerclé et capturé par les Allemands au Bois d'Eclisses à l'ouest de Chaumuzy. Le 16 juillet, le Bataillon Couture est enfoncé et le Bataillon Coutençon est encerclé et menacé d'être capturé avec son Colonel !…


RETOUR VERS LES ACTIVITES "2002" ET LES ACTIVITES FUTURES