Dragon

 

La 3e D.I.U.S. débouche sur le plateau du Tardenois : Jaulgonne - Le Charmel

 


6) La prise du Château et l'avancée à la Villardelle, le 27 juillet 1918

La vallée du ru de la Belle Aulne, à gauche début de la Forêt de Ris ..

 

- Le 18ème B.C.P. de la 4ème D.I., dans la Forêt de Ris

 

Extrait du journal de Jules Ruelle, Chasseur au 18ème B.C.P..

 

Le 24 juillet 1918, à 2 heures de l'après-midi, nous reprenons le chemin du front pour y relever la Division qui vient de forcer l'ennemi à repasser la Marne. Nous marchons toute la soirée sous un soleil accablant et passons à Condé-en-Brie et Saint-Eugène qui ont beaucoup souffert du bombardement. Après une pénible montée de plusieurs kilomètres, nous arrivons dans une forêt où nous attendons la nuit pour gagner les positions de combat. Un de nos avions, qui passe au-dessus, nous fait signe que tout va bien à l'avant. La nuit venue, nous descendons la pente qui conduit à la vallée de la Marne.

La traversée de la Marne

Des avions ennemis ronflent au-dessus de nous et cherchent à nous repérer. Un éclatant clair de lune donne presque autant de lumière que le jour. II faut choisir les zones d'ombre, pour progresser en avant. Quelques obus s'écrasent dans la vallée. Un village, à moitié en ruine, est traversé et nous arrivons sur les bords du cours d'eau. Sur la rive opposée se dresse une colline à pic, dominée par des bois. C'est là que nous attendent nos adversaires.

Le Génie a construit des passerelles de fortune sur la rivière qui mesure au moins 200 m de largeur. Ces passerelles, larges de 1,50 m sont soutenues à fleur d'eau à l'aide de matériaux flottants, planches, tonneaux, paillasses, etc. Elles ne sont guère rassurantes et flottent au gré des flots. L'eau les recouvre même en certains endroits. L'artillerie et l'aviation ennemie cherchent à les détruire en les bombardant. Les obus et les bombes projettent d'immenses gerbes d'eau au milieu du courant. Les compagnies de fusiliers ont déjà franchi le cours d'eau alors que nous nous, restons sur place à attendre notre matériel dont les voiturettes ne pourront pas emprunter les passerelles. Durant plus de deux heures, nous restons couchés sur les bords de l'eau. Ces heures nous paraissent bien longues car l'aviation ne cesse de nous survoler à faible hauteur en lâchant des chapelets de 5 bombes qui explosent toutes en même temps. Le déplacement d'air est tel que certaines explosions nous soulèvent de terre. Nous enduisons de terre nos casques dont la peinture, brillant sous la lune, risque de nous faire repérer. Nous craignons le feu des mitrailleuses que porte chaque avion. Et, toujours ce ronflement sinistre : quand un appareil part se ravitailler en bombes, un autre le remplace aussitôt. C'est une ronde infernale. Nous nous faisons tout petit, sans mot, sans un geste qui pourraient nous trahir. Enfin les voiturettes arrivent. En un clin d'œil, le matériel est déchargé et pris à dos d'homme. Il ne fait pas bon s'amuser ! Nous nous engageons aussitôt sur une passerelle, nous suivant à 20 m les uns des autres. Elle oscille sous nos pas et, à certains endroits, enfonce sous l'eau. Avec les projectiles qui tombent de tous côtés, cela n'a rien de rassurant. Je remarque de nombreux poissons morts qui flottent sur l'eau, tués, probablement, par les explosions.

C'est avec un soupir de soulagement que nous atteignons la rive opposée. Nous croisons des éléments d'infanterie qui viennent d'être relevés par notre Bataillon. Nous traversons Jaulgonne, village à moitié détruit Nous gravissons une crête, pour gagner la "Forêt de Ris", en grande partie occupée par l'ennemi.

La 1ère et la 4ème Compagnie attaquent immédiatement et repoussent l'adversaire de quelques kilomètres. Le jour arrive. A notre tour, nous nous portons en avant pour établir nos positions de tir le long d'un chemin forestier, avec mission d'en interdire l'accès aux Allemands.

Les Compagnies attaquent sans relâche les occupants du bois, en les harcelant sans cesse. Elles éprouvent de lourdes pertes. Des mitrailleuses sont cachées partout, même dans la cime des arbres. La lutte est opiniâtre. Ce n'est que grâce à un violente préparation d'artillerie que le nôtres réussissent à progresser de quelques centaines de mètres à travers le taillis. Ces combats durent deux jours et deux nuits, sans un instant de répit. Les Allemands se défendent pied à pied et luttent jusqu'à la mort. Ils résistent partout malgré leurs pertes en hommes et en armement.

Pendant tout ce temps et malgré un violent bombardement avec obus à gaz, nous n'avons pas quitté notre position sur le chemin forestier. Nous sommes ravitaillés par les conducteurs des voiturettes, restés avec les cuisines, à 8 km, sur l'autre rive de la Marne. On attend la construction de ponts permettant le passage des véhicules et de l'artillerie. C'est chose faite, le 27. L'ennemi ayant, enfin, abandonné ses positions, nous faisons un nouveau bond en avant. La marche à travers bois est fort pénible. Certains passages sont encore remplis de gaz et il faut marcher avec le masque, ce qui gène la respiration. Nous passons la nuit au milieu du bois. La pluie se met à tomber. Nous nous abritons sous des fascines et nous creusons des trous individuels pour nous protéger des obus de gros calibre qui commencent à tomber. Je m'agrandis un trou d'obus pour avoir moins de travail. Je m'y couche, après l'avoir recouvert de ma toile de tente. Dans la nuit je remarque quelque chose de lumineux qui brille à mes côtés. Je touche. D'après la forme, je suis persuadé que ce sont des ossements humains à côté desquels je suis étendu. Cela me jette un petit froid. Mais je m'endors malgré le bombardement. Au jour, je constate qu'il ne s'agit que de racines mortes recouvertes de minuscules champignons phosphorescents.

Le 28, nous reprenons la marche en avant pour reprendre contact avec l'ennemie qui maintenant, se dérobe en abandonnant :ses positions sans combat. Nous passons devant le château du Château du Charmel, bien endommagé et où se trouve installé le Poste de Secours divisionnaire. Un peu plus loin, nous sommes incommodés l'odeur insupportable dégagée par cadavres de deux chevaux en putréfaction sur le bord de notre route. Ils nous obligent à mettre le masque à gaz !

Le 2ème peloton de mitrailleurs prend position, face à la lisière du "Bois Meunière" où l'ennemi semble vouloir à nouveau s'installer. Notre peloton reste en réserve, un peu en arrière. Les obus continuent de tomber. Nous creusons rapidement une tranchée avec des outils de fortune, baïonnettes, gamelles , etc. A peine terminée, il faut la quitter pour se porter à nouveau en avant. Les voiturettes restées près du château du Charmel, nous prenons nos pièces à dos. L'obscurité est profonde. A travers le bois, nous suivons un chemin de terre rempli de trous et de fondrières. Nous avons parfois de la boue jusqu'aux genoux. Plusieurs fois, trompé par la nuit, je tombe avec le trépied de la mitrailleuse, lourd de 26 kg, dans le fossé, profond de plus d'un mètre, qui longe le chemin. Je ne peux m'en retirer qu'avec l'aide de camarades. Pour la première fois, je me souviens en avoir pleuré, tant la situation était pénible. Après environ 2 km de marche dans d'aussi mauvaises conditions, nous trouvons une route. Nous nous y arrêtons pour casser la croûte.

Au matin, nous prenons positions derrière le talus d'une route, près du village de Ronchères. Nous sommes en liaison avec une Division américaine qui se prépare à l'attaque. A tour de rôle, nous veillons près des pièces, en batterie sur le sommet. Pendant ce temps les autres travaillent à la construction d'abris contre le bombardement. Des obus de gros calibres, 150 et 210, tombent sur les maisons de Ronchères et autour de nous. Nous distinguons fort bien les explosions de départ, puis l'énorme sifflement qui nous permet de situer, à peu près, les points de chutes qui encadrent notre position. Quelques-uns explosent avec un faible bruit : ils sont à gaz. Aussitôt se dégage une odeur assez agréable de chocolat, de violette ou de menthe ou, celle de la moutarde, particulière au terrible et meurtrier gaz ypérite qui attaque, en les brûlant, les poumons et toutes les parties humides du corps. II faut alors, très rapidement, mettre le masque, pour éviter d'être intoxiqué. Tant de malheureux sont déjà morts après d'atroces souffrances !

En route vers la ferme de l'Argentol

 

7) Le 18ème BCP de la 4ème D.I. dans la Forêt de Ris

 

Marche sous le soleil ...

Le Journal de Marche du 18ème B.C.P. de la 4ème D.I.

 

Dernier exposé, à l'ombre, devant l'Argentol ...

 

24 Juillet 1918

 

La 4ème D.I. doit relever dans la nuit du 24 au 25 la 73ème D.I. qui au cours des journées précédentes a réussi à franchir la Marne et à gagner du terrain dans la Forêt de Ris.

Le Bataillon doit relever le 346ème R.I., à cheval sur le grand layon menant du château du Charmel au carrefour du Gros-Chêne (Ce layon est presque sud-nord, légèrement vers le nord-ouest), les premières lignes du 346ème sont à hauteur de ce carrefour.

Dans l'après-midi du 24, le Bataillon quitte Fransauges, et par Romandie, la Grand Fontaine, Condé-en-Brie et Connigis, gagne les bois à l'ouest de la ferme des Etangs, où il arrive vers 16 heures. Il en repart à 21 h et franchit la Marne, aux passerelles de Rosay et de Jaulgonne, sous un violent bombardement par bpmbes d'avions.

 

Le verre à la main pour conclure la journée

 

25 Juillet 1918

 

La relève s'effectue par dépassement de ligne. Les derniers éléments du Btn ne sont en place qu'entre 6 et 7 heures. Le 346ème R.I. reste sur ses emplacements.

Le dispositif du Btn est le suivant :

Les renseignements que l'on a sur l'ennemi précisent que celui-ci se replie devant le 38ème C.A. à gauche de la 4ème D.I.. En conséquence, parvient dans la nuit l'ordre d'attaque générale, en vue d'atteindre d'abord le ru de la Belle Aulne, et ultérieurement les cotes 208 et 191.

L'heure primitivement fixée au petit jour est reportée à 9h 30.

Après une préparation d'artillerie de 10 mn, les Cies de 1ère ligne et de soutien se portent à l'attaque des lignes ennemies tenues par la 1ère Division de la Garde. Elles rencontrent au cours de la progression de grosses difficultés, par suite de l'impraticabilité des bois et des nombreux nids de mitrailleuses habillement dissimulés par l'ennemi, sur les layons et sur les abords des clairières.

Vers midi, la situation est la suivante :

Les compagnies en ligne (5ème et 1ère) ont pu progresser d'environ 800 mètres et dépasser les carrières situées sur le grand layon conduisant au Château du Charmel, mais elles sont arrêtées par les nids de mitrailleuses ennemies.

La 3ème Cie, en réserve à gauche qui avait pour mission de soutenir la 5ème en couvrant son flanc gauche et en la reliant aux Américains, a pu progresser le long de la lisière ouest de la Forêt de Ris et atteindre un point situé à quelques centaines de mètres du ru de la Belle Aulne. La liaison entre ces deux compagnies est très précaire.

La 4ème Cie, en soutien, est obligé d'engager quelques uns de ses éléments pour boucher un trou existant entre la 5ème et la 1ère Cie.

Les 2 compagnies et les pelotons de mitrailleuses en réserve se portent à la lisière nord de la clairière du Gros-Chêne.

Au cours de l'après-midi commence un combat très dur. Grâce à l'appui donné par le canon de 37 et les mortiers d'accompagnement, la 5ème Cie améliore sa situation et réalise même quelques progrès en réduisant des nids de mitrailleuses. Enfin de journée, la 1ère ligne du Btn passe à environ 200 ou 300 mètres au nord des carrières et est tenu par les 1ère et 5ème Cie, la 4ème en soutien derrière ces 2 unités. A droite, le 120ème reste en retrait et se trouve à hauteur de la Cie de Réserve du Btn (2ème). A gauche, la 3ème est toujours en liaison avec les Américains au nord-est d'Argentol. Au cours de la journée, 2 prisonniers ont été capturés.

Pertes : Tués: 0 Blessés : 5 Disparus : 3 Evacués Gaz : 0

 

 

26 Juillet 1918

 

La mission de la Division reste la même, l'attaque est reprise, à 4 heures, par surprise, sans préparation d'artillerie. La gauche du Btn réussit à progresser mais est rapidement arrêtée par les mitrailleuses. Une action locale, engagée pour enlever un nid de résistance situé aux abords du grand layon aboutit à un plein succès vers 7h et nous vaut la capture de 4 mitrailleuses lourdes.

La progression est paralysée de ce côté par la présence d'éléments ennemis entre les 3ème et 5ème Cies. Plus à droite, le 120ème qui devait attaquer pour se porter à notre hauteur est également arrêté par des mitrailleuses ennemies et ne parvient pas à déboucher. Une section de la 4ème appuyée par des éléments de la 2ème Cie couvre le flanc droit du Btn. Une 2ème section et une section de mitrailleuses renforcent ultérieurement cette couverture, étant donné le retrait des lignes du 120ème par rapport à celles du Btn.

A 13h 25parvient un ordre d'attaque générale destinée à briser la résistance ennemie sur le front de la 3ème D.I.U.S. - 39ème D.I. et sur la gauche.

L'heure d'attaque est fixée à 16h 50. Au cours de la préparation d'artillerie, l'ennemi déclenche un tir d'obus à gaz qui oblige nos éléments d'assaut à porter le masque.

A gauche, la 5ème Cie est immédiatement arrêtée par une ligne garnie de nombreuses mitrailleuses, seule une section réussit à gagner du terrain; à droite, la 1ère Cie a eu à souffrir pendant la préparation d'artillerie, du feu de notre propre artillerie, et seules quelques fractions de cette unité sont en mesure de prendre part à l'attaque, en liaison avec la 5ème Cie.

Devant cette situation, la 4ème Cie, en soutien, prend le combat à son compte, et entame une lutte violente avec les éléments ennemis.

En même temps la 5ème Cie attaque sans arrêt les fractions qui entravent sa marche. Elle réussit à prendre sur elles la supériorité du feu par ses fusils et ses mitrailleuses et par l'aide très efficace que lui apportent les obusiers Stoks et le canon de 37.

Entre 17h 30 et 18h, dans un violent effort, elle se porte en avant sur la ligne ennemie qui s'effondre brusquement. De nombreuses mitrailleuses légères restent entre nos mains et la 5ème Cie atteint, par une de ses sections le ru de la Belle Aulne. Presque en même temps, la 4ème arrive aussi à peu de distance de cet objectif.

Enfin de journée, notre ligne passe sur les pentes sud du ru et est tenue par les éléments des 1ère, 4ème et 5ème Cies. La 3ème Cie est toujours sur le même emplacement en liaison avec la 5ème. A droite, le 120ème n'a pu progresser et est considérablement en retrait par rapport à nous.

Au cours de la journée nous avons capturés 4 prisonniers et pris 11 mitrailleuses.

Pertes : Tués: 22 Blessés : 47 Disparus : 4 Evacués Gaz : 2

 

27 Juillet 1918

 

 

Le 120ème reçoit l'ordre de se porter à notre hauteur, il doit tenter l'opération à 7h du matin, en liaison avec un groupement du Btn aux ordres du Capitaine Pillerault, comprenant la 2ème Cie et un peloton de la 2e C.M.. Ces divers éléments attaquant les nids de mitrailleuses qui entravent leur marche, après une préparation par l'artillerie et les obusiers Stoks, ils se portent en avant sans rencontrer de résistance.

L'ennemi s'est reporté en arrière au cours de la nuit, ne laissant devant nous que des patrouilles légères. Le renseignement est confirmé par un prisonnier polonais fait par un corps voisin et par une reconnaissance qui poussée en avant dans la matinée du 27 ne rencontre aucun ennemi. La marche en avant est reprise vers midi. L'objectif fixé pour le Btn est jalonné par les lisières nord des bois de la cote 208 et de la cote 191 (sud de Ronchères). Cet objectif est atteint à 16h 45. En fin de journée notre situation est la suivante.

Des patrouilles sont poussées en avant et ne rencontrent pas d'éléments ennemis. Mais l'ennemi bombarde la partie nord de la Forêt de Ris par obus de gros calibres (105, 150)

Pertes : Tués: 1 Blessés : 3 Disparus : 1 Evacués Gaz : 21


RETOUR VERS LES ACTIVITES "2002" ET LES ACTIVITES FUTURES